La chasse à l’orignal, c’est avant tout une leçon d’humilité et de patience. Certaines aventures nous le rappellent avec plus d’intensité que d’autres. L’expédition de chasse à Matane en 2025 restera gravée dans nos mémoires comme l’une de ces histoires où chaque décision compte, où le mental est mis à l’épreuve, et où la récompense arrive au moment le plus inattendu.
Un territoire nouveau, des attentes élevées
Notre groupe de quatre chasseurs s’est donné rendez-vous un dimanche à la réception du camp de chasse. Le trajet s’est déroulé sans embûche, et dès notre arrivée, nous avons pris le temps de nous préparer adéquatement. Une séance de tir de pratique était au programme, et elle s’est avérée plus que nécessaire.
Avant le départ, nos carabines avaient subi quelques coups qui les avaient désajustées. Heureusement, le guide sur place a procédé à un ajustement précis de nos armes. Ce geste, qui peut sembler anodin, fait toute la différence entre une chasse réussie et une occasion manquée. Un grand merci à lui pour ce professionnalisme.
Une fois les carabines calibrées, direction le territoire en pickup avec notre guide. Pour l’un de nous, c’était une première expédition hors de la zone 15, et le contraste était saisissant. Les coupes forestières s’étendaient à perte de vue, et les signes d’orignaux étaient omniprésents. L’excitation était palpable : ce territoire promettait de l’action.
Première sortie : l’observation prometteuse
Dès la première après-midi, nous avons eu droit à un aperçu du potentiel du secteur. Plusieurs femelles et quelques bucks ont été observés au loin, mais aucune opportunité de tir ne s’est présentée. Ce n’était pas grave : nous étions là pour plusieurs jours, et ces observations nous ont permis de mieux comprendre les déplacements du gibier dans ce nouvel environnement.
Jour 2 : séparation du groupe et exploration
Le lendemain matin, nous avons décidé de séparer le groupe pour couvrir plus de terrain. Départ tôt, direction les coupes forestières en compagnie du guide. L’avantage de chasser avec un guide expérimenté, c’est qu’il connaît le territoire comme le fond de sa poche. Il sait où les orignaux se nourrissent, où ils se reposent, et à quel moment ils sont les plus actifs.
Nous avons marché dans les coupes et gravi quelques montagnes. Le paysage était magnifique, et l’observation d’orignaux au loin nous rappelait que nous étions dans un territoire riche en gibier. Malgré tout, aucun animal ne s’est présenté à portée de tir. La patience était de mise.
Jour 3 : refuser des occasions pour la bonne
Le troisième jour a commencé avec une belle surprise : une femelle s’est présentée à portée de tir dans le bois, le matin. Malgré le droit de récolter une femelle, la décision a été prise d’attendre. L’objectif était de maximiser nos chances de croiser un buck, et cette patience allait être récompensée… mais pas comme prévu.
L’après-midi même, un beau buck a répondu à l’appel du guide. Le cœur s’emballe dans ces moments-là. L’animal s’est approché, mais malheureusement, il était dans une position défavorable. Plutôt que de risquer un tir imparfait et de blesser l’animal, la décision a été prise de le laisser passer. C’est un choix difficile, mais c’est aussi l’essence même de la chasse éthique : respecter l’animal et ne tirer que lorsque toutes les conditions sont réunies.
Jour 4 : quand le moral vacille
L’avant-dernière journée a été plus difficile. Encore une fois, des orignaux ont été aperçus au loin, mais rien de concluant. Après plusieurs jours d’efforts sans résultat, le moral du groupe commençait à fléchir. C’est dans ces moments qu’il faut se rappeler l’essentiel : tant que la chasse n’est pas terminée, tout reste possible.
Un rappel a été lancé au groupe : « Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini! » Ces mots ont eu l’effet escompté. Les troupes se sont ressaisies, et nous sommes repartis avec une énergie renouvelée pour la dernière journée.
Dernière demi-journée : le dénouement spectaculaire
Le jeudi matin marquait notre dernière avant-midi de chasse. Tout le monde était motivé et déterminé. Nous avons eu la chance d’avoir un guide supplémentaire pour cette ultime sortie, ce qui nous a permis de couvrir encore plus de territoire.
Le groupe s’est séparé une dernière fois. Chacun est parti de son côté avec son guide, portés par la mentalité du « tant que ce n’est pas fini, ce n’est pas fini ».
Et c’est là que le scénario digne d’un film s’est produit.
À peine dix minutes avant la fin officielle de la période de chasse, l’un des membres du groupe a repéré un magnifique buck dans une coupe forestière. Avec son guide, il s’est lancé à sa poursuite. La visibilité était limitée, mais l’occasion était là. Un tir précis dans le cou, exécuté avec sang-froid malgré la pression du temps, et l’animal s’est effondré.
Un superbe buck de 45 pouces de panache venait d’être récolté.
Le stress de la logistique
L’euphorie était totale, mais rapidement, un autre type de stress a pris le relais : nous devions libérer le chalet dans 10 minutes. Un autre groupe attendait pour prendre possession des lieux, et il fallait agir vite.
Le groupe s’est séparé en deux équipes. Une équipe est restée au chalet pour vider les lieux en vitesse, tandis que l’autre est partie récupérer l’orignal avec le guide. Ce dernier a accompli un travail remarquable, préparant l’animal avec efficacité et professionnalisme.
Direction ensuite la boucherie de Matane, à toute allure. Le timing était serré, le stress intense, mais tout s’est finalement déroulé à merveille.
Les leçons d’une chasse mémorable
Cette aventure de chasse à Matane restera gravée pour plusieurs raisons :
La persévérance avant tout. Après plusieurs jours d’efforts sans récolte, il aurait été facile de baisser les bras. Mais c’est précisément dans ces moments de doute qu’il faut garder la foi et continuer à donner le meilleur de soi-même.
L’importance de l’éthique. Refuser des tirs imparfaits, même après des jours sans succès, c’est respecter l’animal et les valeurs qui font de nous des chasseurs responsables.
Le rôle crucial des guides. Sans leur expertise, leurs ajustements et leur connaissance du terrain, cette chasse n’aurait pas été la même. Ils sont les gardiens du territoire et les facilitateurs de nos plus beaux souvenirs.
La gestion du stress. Entre la fin imminente de la chasse et l’obligation de libérer le chalet, cette dernière journée nous a rappelé que la chasse, c’est aussi savoir garder son calme sous pression.
Le travail d’équipe. La coordination entre les membres du groupe, que ce soit pour la chasse elle-même ou pour la logistique finale, a été essentielle au succès de l’expédition.
Réflexions finales
Chaque sortie de chasse apporte son lot d’apprentissages. Celle-ci nous a particulièrement rappelé qu’il ne faut jamais abandonner, même quand les choses semblent mal engagées. Le succès peut arriver au moment le plus inattendu, parfois à quelques minutes seulement de la fin.
Ce buck de 45 pouces restera le symbole d’une aventure riche en émotions, en défis et en moments partagés. Mais au-delà du trophée, c’est l’expérience dans son ensemble qui compte : les paysages de Matane, les coupes forestières à perte de vue, les marches en montagne, les appels du guide, les décisions difficiles, et surtout, la camaraderie d’un groupe uni face à l’adversité.
La chasse à l’orignal, c’est tout ça à la fois. Et quand on a la chance de vivre une histoire comme celle-ci, on comprend pourquoi cette passion nous habite année après année.



Bonne chasse à tous, et n’oubliez jamais : tant que ce n’est pas fini, ce n’est pas fini!